Isabelle Durin et Michaël Ertzscheid forment un duo talentueux que j’ai découvert en 2018 à l’occasion de leur bel album Mémoire et cinéma. Ils ont récemment sorti un nouvel album intitulé Exile to Hollywood. Ce nouvel album s’intéresse à quelques grands noms de l’âge d’or de la musique de film hollywoodienne qui ont dû fuir leur pays. Nous y retrouvons des musiques de Max Steiner, Erich Wolfgang Korngold, Franz Waxman, Miklós Rózsa, Bronisłav Kaper, Irving Berlin, Dimitri Tiomkin adaptées pour le violon et le piano. Lorsque l’on aborde la filmographie de Max Steiner, il me vient immédiatement, en tête, le célèbre thème de Casablanca (Michael Curtiz, 1942) , de King Kong ( Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack, 1933) et aussi d’Autant en emporte le vent (Victor Fleming, 1939), dont le si beau thème (Gone With The Wind) figure sur cette sélection de grands classiques. Je trouve que le duo piano et violon restitue parfaitement le romantisme de ce titre ainsi que le souffle épique surtout à partir de deux minutes grâce à la virtuosité du violon. Le piano terminant délicatement ce très beau moment. Autre grand classique enjoué, entraînant, sur une musique jazzy d’Irving Berlin, composée à l’origine, en 1926, pour la comédie musicale Betsy. Ce titre, Blue Skies, figure dans Le chanteur de jazz (1927, Alan Crosland), considéré comme le premier film comportant des séquences parlées synchronisées. Ce duo aborde de nombreux genres dont le policier avec, par exemple, l’un de mes morceaux préférés, un extrait du splendide thème de Dimitri Tiomkin pour Alfred Hitchcock, Dial M for Murder (Le crime était presque parfait, 1954). Je retrouve toute l’émotion que me procure cette musique pour le thriller du réalisateur anglais. Autre grand film d’Alfred Hitchcock, Fenêtre sur cour réalisé en 1954, avec entre autres, James Stewart et Grace Kelly. J’ai redécouvert avec beaucoup de plaisir le thème de Franz Waxman, Rear Window theme (Lisa). Interprétation somptueuse qui donne une seconde vie à cette belle musique. Un autre titre que j’aime beaucoup c’est The Bride of Frankenstein Suite – Extraite du film La Fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935) – composée par Franz Waxman qui permet d’aborder le genre fantastique installant une ambiance inquiétante, étrange qui prend de l’ampleur et dégageant une puissance dramatique intense. J’ai envie de citer une autre formidable interprétation d’un classique de Miklós Rózsa, il s’agit de Ben Hur Suite (Ben-Hur, William Wyler, 1959). En l’écoutant, je retrouve ce côté grandiose, épique. C’est impressionnant à quel point l’orchestration et bien sûr l’interprétation magistrale rendent hommage aux musiques originales et les subliment. C’est un très grand plaisir que l’écoute de ces plages. Et je conclurai cet article avec un extrait du film La Vallée des poupées (Mark Robson, 1967). Il s’agit du sublime Valley of The Dolls, chanson écrite par André Previn (Musique) et Dory Previn (Paroles), interprétée par Dionne Warwick. Ici, le violon remplace la voix et c’est tout aussi beau. Une façon de terminer l’écoute tout en douceur. Qu’ils soient venus d’Autriche (Max Steiner et Erich Wolfgang Korngold), d’Allemagne (Franz Waxman), de Hongrie (Miklós Rózsa), de Pologne (Bronisłav Kaper), de Russie (Irving Berlin) ou d’Ukraine (Dimitri Tiomkin), tous ont contribué à façonner le symphonisme hollywoodien en y mêlant leurs racines européennes. De cette rencontre entre les cultures est née une musique d’une richesse exceptionnelle, dont Isabelle Durin et Michaël Ertzscheid révèlent toute la beauté dans ce merveilleux album que j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir.
Voici le teaser de l’album ainsi que des infos sur le concert de lancement du disque qui se tiendra le 23 Juin (plus d’infos ici)


