Je vous ai parlé très récemment du clip Les idées mal placées, interprétée avec beaucoup de talent par Judith Chemla. Le film dont est issue cette chanson, Les goûts et les couleurs, réalisé par Michel Leclerc (A l’affiche, depuis aujourd’hui), décuple le plaisir que j’avais eu en visionnant le clip, et en écoutant l’album des chansons chantées aussi par Rebecca Marder. Dès la rencontre des personnages principaux, la grande chanteuse Daredjane (Judith Chemla.) et la jeune chanteuse Marcia (Rebecca Marder), j’ai su que j’allais apprécier ce long métrage, et je ne me suis pas trompé. Il a tout du film que l’on revoit plusieurs fois, pour le plaisir. Le plaisir des chansons, de l’interprétation très juste, sincère et pour l’histoire originale et captivante. Rebecca Marder est lumineuse et le duo qu’elle forme avec Felix Moati est formidable. Ce qui est passionnant dans ce long-métrage, c’est que nous voyons les dessous de la l’enregistrement d’un album écrit avec une chanteuse, disparue entre temps , avec ce que ça comporte de désaccords artistiques ou financiers liés à la disparition de cette icône , du point de vue des protagonistes et c’est d’autant plus dur lorsque les affectes entrent en jeu. Il est aussi question de différence quant à l’héritage artistique. Jusqu’où est-il possible d’aller dans la modernisation d’une chanson phare, par exemple, pour coller à son époque sans trahir l’esprit musical, sans que ça devienne un pur objet marketing tout juste bon à remplir des discothèques? Comme je l’ai déjà dit, les deux actrices sont vraiment très talentueuses, et nous offre une magnifique performance lorsqu’elles elle se mettent à chanter. A ce titre, le duo du début pour Me lancer dans l’inconnu est très émouvant. Et c’est encore le cas à l’écoute des deux très belles versions dans l’album. Que ce soit la carrière de Daredjane que l’on suit en flashbacks ou les extraits de concerts où se produit Marcia, les titres sont si bons que ça donne envie de revenir sur tout ce que l’on a pas entendu de l’icône des années 70 . Il faut dire que les chansons sont ou très belles, ou rythmées à souhait, à commencer par Les idées mal placées ou Denis, très électrique, elles donnent très envie de se bouger. Entre le pouce et l’index, avec la participation amicale de François Morel, et Je ne te croyais pas si près (avec le réalisateur Michel Leclerc) sont deux duos, à deux époques différentes, qui ont en commun une très belle mélodie. Les chansons donnent très envie de voir le film et, une fois le film terminé, trop tôt, tant les personnages sont attachants, on a juste envie de se réécouter toutes les chansons qui prennent une autre dimension, où l’émotion est plus présente, tel le passage de la chanson Les bonheurs d’à côté, autre beau moment dans le film que je n’hésite pas à me repasser. Tout comme Offre soumise à condition, déjà l’une de mes préférées qui figure dans une scène que j’ai beaucoup aimé. Ca faisait longtemps que je n’avais pas écouté un album de chansons qui m’avait autant enthousiasmé par leur qualité et leur diversité de rythmes. Une très belle découverte cinématographique et musicale que je vous conseille vivement.
Synopsis : Marcia, jeune chanteuse passionnée, enregistre un album avec son idole Daredjane, icône rock des années 1970, qui disparait soudainement. Pour sortir leur album, elle doit convaincre l’ayant-droit de Daredjane, Anthony, placier sur le marché d’une petite ville, qui n’a jamais aimé sa lointaine parente et encore moins sa musique. Entre le bon et le mauvais goût, le populaire et le chic, la sincérité et le mensonge, leurs deux mondes s’affrontent. À moins que l’amour, bien sûr.



Oui, ce qui me parle surtout c’est la question de l’héritage artistique et de la modernisation, parce que c’est là que ça peut vite déraper en truc un peu opportuniste. J’ai vu des reprises ou des remises au goût du jour qui perdaient complètement l’âme du morceau, même avec de bonnes intentions. Et à l’inverse, quand ça marche, tu sens direct que l’interprète comprend le truc de départ, pas juste la mécanique autour.
Le truc que t’as souligné sur l’héritage artistique et la modernisation, je trouve que le film le rend concret via les “désaccords” autour de la chanson phare, pas juste en débat théorique. Et j’ai l’impression que c’est là que ça passe très bien: quand ça touche aux affects, chacun croit défendre l’intention de la disparue, mais en réalité il y a aussi de l’ego, du contrôle, de l’argent. Du coup les morceaux deviennent presque des scènes de négociation, pas seulement des performances.